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20/06/2016

Patience

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Patience est morte, je crois qu'elle a beaucoup souffert. Je suis restée jusqu'au bout, mais je n'ai pas tout regardé. J'ai écouté les gestes du vétérinaire, ses préparatifs, ses allers-retours à sa voiture pour sortir son matériel, et mes yeux sur le dos de mon frère, penché sur la tête de la douce bête.

Elle est partie tout doucement, sans presque se débattre, sans une plainte. C'est ça aussi, la vie à la campagne, la vie et la mort, la maladie des bêtes, leur souffrance qui laisse impuissant. Je ne sais pas si j'ai assez parlé aux enfants, j'aurais dû leur montrer le corps : il faudra aussi qu'ils apprennent.

Elle était née de Zébulon et de Cocotte, sa mère qui est toujours chez papi et mamie. Avec elle, c'est un pan de ma jeunesse qui disparaît. Paix à son âme d'ânesse, au paradis des équidés.

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25/01/2014

une semaine affreuse

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Ça a été une semaine affreuse. Sa maman est morte lundi et il est là-bas pour plusieurs jours encore. Il est volubile au téléphone et parfois il pleure. Malgré tout, il a su tout organiser, avec discrétion et élégance, avec justesse, je suis fière de lui. Il ne rentrera que la semaine prochaine, il doit encore s'occuper de son papa qui reste tout seul.

Quand nous sommes rentrés, les enfants ont joué "à la mort". Les nounours se succédaient dans la grande boîte qui était promenée dans la maison. Après, ils ont organisé le repas de la mort avec la dînette. C'était triste et comique à la fois, ils digèrent, je suis contente de ça.

Je travaille trop, presque jour et nuit. Cet agrandissement qu'on m'a demandé pour l'école, c'est tout dans l'urgence, il ne faudra plus que j'accepte ce genre de commande. La fatigue est là.

Et cette journée porte ouverte au collège ce matin, je ne suis pas sûre qu'elle ait convaincu Matthias pour l'an prochain. "Pourquoi ne pourrait-on pas rester tout le temps à l'école primaire, Maman ? on travaillerait de pus en plus dur, d'accord, mais on resterait à l'école primaire..."

Et toute cette pluie, cette gadoue dans le jardin... Demain il fera soleil. Demain, je ne travaille pas, promis. Et la semaine prochaine, on ira voir l'autre collège, pour comparer. Il faut déjà que Matthias assume complètement son saut de classe. Il est petit encore.

Et lui, il rentrera mercredi. Mercredi ou jeudi, il l'a promis.

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27/10/2013

Fanfarre

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Fanfarre est morte dans la nuit. Tout d'un coup, presque sans prévenir, elle avait vingt ans. Son nom s'écrivait avec les deux r que le paysan qui l'avait vendue lui avait données.

Ici, mes parents pleurent, c'était leur jument, je pleure car elle est ma jeunesse, mes années de jeunesse auprès de mes parents, rythmées par les soins aux animaux le matin et le soir. Mes enfants pleurent, ils la caressaient le soir, au moment où elle mangeait du foin. Trois générations sont dans la peine, mon père lui parlait à l'oreille et elle écoutait.

Je me souviens de la nuit où j'avais dormi dans l'écurie, guettant le début de son travail pour la mise bas, le bruit du souffle des bêtes dans la nuit, de leur mastication, de leurs sabots heurtant le sol, l'odeur du foin, mon incapacité à dormir et finalement au matin la naissance difficile de ce poulain beaucoup trop gros.

Nous sommes allés lui dire au revoir, son grand corps presque froid couché dans le champ où elle broutait la veille. C'est grand un cheval et son corps allongé je l'ai vu comme une montagne.

Nous avons parlé de la mort, des vieux chevaux qui meurent et des poulains qui naîtront au printemps, des hommes qui meurent et des bébés qui naissent tous les jours dans le monde.

Matthias a dit,"ce qui me fait de la peine, c'est qu'elle pourrait encore être en train de manger de l'herbe et se promener dans les champs". J'ai parlé du message qu'elle nous envoyait, depuis son paradis de cheval : continuer à profiter du beau monde qui nous entoure, du soleil qui luit sur les prés, du vent dans les arbres, du silence de la nuit dans les haies, des chevreuils qui passent soudain en sautant les clôtures, de la pluie fine qui fait pousser les champignons.

 Ce soir, nous allumerons notre premier feu de la saison dans le poêle, il saura à coup sûr nous délivrer de ce grand froid qui nous a saisis.

La mort. Et la peine immense de laisser le monde si beau autour de soi, définitivement.

 

 

15/03/2013

Ma vie, ce trésor

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Cette semaine au lycée un élève s'est donné la mort. Je veux en parler ici parce que ne pas le faire serait faire semblant. Ce sera ma contribution.

Sa mort m'affecte comme elle bouleverse tous ses compagnons. Il ne s'est laissé aucune chance, peut-être sentait-il qu'il n'avait plus aucune chance ici-bas, peut-être n'a-ton pas su lui laisser sa chance. Il avait quinze ans, un bel adolescent, à peine sorti de l'enfance, souriant, aimant la voile et sûrement le vent, la liberté. Il devait souffrir intensément, se sentir peut-être vide, inutile ou incompris.

Aujourd'hui ses copains de classe, tous les élèves du lycée sont dans la peine. Il faut que je réfléchisse à la façon dont je peux les accompagner, juste être présente et attentive, ou peut-être plus.

Puissent mes enfants savoir qu'en toute circonstance ils peuvent compter sur un soutien. Puissent-ils ne jamais s'enfermer dans une prison de solitude, puissent-ils savoir toujours qu'ils peuvent partager leurs soucis, leurs doutes, leurs souffrances. Puissions-nous, parents, rester toujours à l'écoute, puissions-nous être vigilants, disponibles. Puissions-nous toujours favoriser leur estime de soi.

Je retiens mes larmes depuis mardi, je pense que ce soir, je vais leur en parler. Ils sont assez grands pour qu'on en parle.

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